24 novembre 2007
Les Gradlon d'honneur
Les Gradlon d'honneur ont été décernés aujourd'hui à l'hôtel de ville. Vivianne Hélias et Jos Guiriec ont été nommés chevalier de l'ordre des Gradlon.
Texte de mon intervention.
Les « Gradlons d’honneur » récompensent des bénévoles dont l’engagement n’est pas anecdotique dans une vie au profit de la collective. D’ailleurs cet engagement revêt de nombreuses formes, puisque qu’au travers des années, nos chevaliers ont un CV d’engagement multi-activités. Ils s’engagent et persistent partout où ils passent. Derrière cet engagement nous trouvons une sincérité, la passion et une très grande sensibilité que les années ont travaillé, sculpté, mais sans érosion, tant leur engagement est une foi et qu’elle se reconstitue lorsqu’elle est parfois ébranlée par l’ingratitude d’autrui. Nos chevaliers sont fidèles et plutôt respectueux.
Jos Guiriec, avec un seul « R » appartiendra à cet ordre dans quelques minutes.
72 ans, ce n’est pas son âge, c’est le nombre des années de fidélité à l’ESK ou dans sa forme première sous l’intitulé « étoile sportive Trinité » depuis cette époque, il y a eu des fusions, absorptions qui n’ont pas dénaturé l’objet et l’objectif de l’association, pratique sportive, lien social au profit des jeunes notamment. En 1935, Jos y pratique le foot dans « l’équipe du jeudi » dans des confrontations inter-club de l’époque : CAP, cadet d’Arvor, JA, SQ, phalange. La pratique du foot se faisait sur l’herbe à vache qui était prêtée par les paysans du coin dans des conditions bien évidemment très sommaires spartiates, mais tout aussi passionnelles. Notre jeune chevalier a une courte carrière footballistique, car elle est aussi un peu interrompue par la guerre.
S’ouvre alors la reconstruction des âmes et des blessures, la construction de la période d’après guerre, qui marquera cette jeune génération, certains d’entre eux seront alors imaginatifs pour récolter un peu d’argent pour leur club et développer les activités sportives. Quand l’homme est acculé, il trouve toujours des solutions. Ils auront d’audace de proposer, lancer des représentations théâtrales, notamment une pièce, qui sera joué 23 fois dans le Sud – Finistère, en tournée, intitulé « 8 hommes derrières les barbelés » joué par d’anciens prisonniers, qui finalement évacuent avec humour et gravité des scènes, des faits de la vie quotidienne de leur propre captivité. Succès. Jos se souvient de l’organisation à la salle des fêtes du Championnat d’Europe de catch, avec Jo Mingan, bien connu des Quimpérois. Cela fait sourire mais il fallait faire de la « réclame » de cette affaire en collant des affiches…même dans le pays bigouden, en vélo ! La vie du club c’est à cette époque des déplacements en camion, en bétaillère, souvent sans toit, prêté des commerçants, merci Messieurs Troalin, Le Cleach…, nous n’oublierons pas Sébastien Lochameur, secrétaire et capitaine du club un actif parmi les actifs. C’est aussi une époque où les traçages des terrains étaient à la charge du club et chacun lavait son propre maillot…transfert de charge. Ses hommes engagés, comme les autres hommes ont toujours œuvré afin d’améliorer leur sort, celui des autres, réduire toute forme de contrainte qui finalement abouti a un grand confort et à un plus grand consumérisme des pratiquants… à l’insu de leur plein grès, qui dénature l’engagement et la responsabilité de tous et de chacun.
Jos c’est aussi la Kervrenn Glazic , les Estoged-ar-Stangala, 80 jours de folklore, les jeudis de l’évêché avec Henri Le Viol. Notre chevalier n’accepte pas l’inactivité. Le foot c’est l’hiver, mais l’été ne doit pas être oisif à Plovan, les sardines grillées aux fêtes de Cornouaille n’ont pas secret.
Jos a-t-il aussi travaillé ? Il rentre à la sécurité sociale en 1947, il en partira en 1981, avant l’arrivée de l’informatique… quel soulagement, Mais pour Jos Guiriec , l’engagement est multi - facettes. La sécurité sociale est aussi un grand terrain de jeu. Engagement syndical, au comité d’entreprise…les arbres de Noël, faire le père Noël, les voyages avec les cars Bourbigot, l’homme aime créer, organiser, faire plaisir. Tout le temps, été, comme hiver, c’est un hyper actif. Tant est si bien que Madame Guiriec, ancienne institutrice( entrée à la Sécurité sociale, au moins ils travaillaient ensemble), a géré la maison et les enfants. Des enfants qui « n’en veulent pas » à leur père son engagement, car eux aussi reproduisent le concept « au service des autres » … qu’est ce qui est de l’inné et de l’acquis ?
Chez les Guiriec, après une vie d’engagement, une vie active au cœur de Kerfeunteun et auprès des autres, il n’y a aucune crainte en l’avenir. Ils croient en l’homme. Il est étonnant de constater qu’ils ne parlent pas de crise du bénévolat, même si parfois l’ingratitude de certain est évoquée. Les Guiriec ne sont pas des « people » leur engagement est discret, pas médiatique, mais bel est bien enraciné, car la vie « est » engagement par nature.
Je suis particulièrement heureux que les Gradlons d’honneur témoignent et gravent pour les temps futurs les actes de ces hommes, et il y en a d’autres dans la ville et c’est un atout fabuleux. Ce lien social, le tissage de notre territoire développent une capacité à faire, à créer, à sortir de notre imagination et vivre ensemble. Une ville est un cœur lorsqu’elle permet cet épanouissement, cette créativité sous bien des formes, et qu’elle le montre, pour exemple et pour copie.
Jos, si tu es discret, tu dois être fier de ton engagement car la collectivité l’est aussi et est heureuse en ce jour de te distinguer, toi et des semblables.
Ludovic Jolivet
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