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07 mai 2008

1968 appartient à l'histoire!

1968 appartient désormais à l’histoire. Nul ne peut contester l’événement. Il a soufflé un vent de liberté sur une société française bridée, un peu coincée entre son côté frivole des années vingt, son allégeance à Dieu ou à l’église et l’effort de reconstruction d’après-guerre. 68 a été une volonté d’auto émancipation du peuple vis-à-vis de ses dirigeants et du pouvoir.

D’autres pays européens ont eux aussi passé un cap identique à peu près à la même époque et cela a bien été plus odieux, par des faits sanglants et des appendices douloureux qui les ont accompagné jusqu’aux années 80 (Bader, Brigade Rouge, voir Action Directe pour la France). Ces faits terroristes n’ont cependant pas aveuglé leurs peuples d’idéaux sociaux autant que la France. Peut-être que la victoire nous portait, nous galvanisait, alors que les Allemands et les Italiens vaincus se sentaient coupables d’avoir engendré les horreurs d’un conflit mondial.

« Mai 68 » a généré des progrès sociaux incontestables : l’amélioration des conditions de travail, les 40 h, forte augmentation des salaires, une liberté syndicale plus grande sont des changements qui ont apporté une valeur rajoutée à notre nation, et probablement à l’économie de l’époque, notamment avant le choc pétrolier.

L’inconvénient de mai 1968 ne réside pas dans les avantages sociaux acquis par beaucoup, mais dans une idéologie démagogique ambiante marquée par des slogans péremptoires du type « Il est interdit d’interdire » notamment, témoins de l’insouciance des « étudiants-révolutionnaires » de ce temps béni, sans chômage et sans souci de fin de mois. Ces excès sympathiques mais réels ont généré depuis un affaiblissement de l’idée de responsabilité, une certaine perte de repères et une tendance lourde à la remise en cause parfois aveugle de l’autorité. Dès lors, l’esprit critique, magnifique héritage des Lumières, a souvent cédé le pas à un réflexe « noniste pavlovien », fâché avec la raison et inapte à saisir les enjeux nouveaux.

Mai 1968 a exalté les droits du citoyen, mais sous-estimé la nécessité des devoirs. Vouloir être libre, c’est accepter de façon consciente des devoirs. Ces devoirs de responsabilité et de travail font gravement défaut aujourd’hui à la société française, à l’économie et à l’État.

Si ces postures idéologiques ont façonné la France pendant quarante années, elles ne méritent aucunement d’être « sacralisées » dans la mesure où certains aspects restent sombres et dangereux pour la vie en société.

Aujourd’hui, nous constatons que « les acteurs révolutionnaires» campent sur des positions rétrogrades et deviennent les gardiens embaumés de leur propre passé. Or notre pays à aujourd’hui besoin de réformes profondes que les effets de 68 ont inlassablement freinées et repoussées, tant l’esprit et les consciences de cette génération ont été imbibés d’idées obsolètes. Il est difficile de réformer profondément sans se libérer définitivement des idéologies que l’Histoire a condamnées.

Comment réagirait aujourd’hui un jeune Français à qui l’on proclamerait fièrement : « Soyons réalistes, demandons l’impossible » ? Au mieux, penserait-il que les « vieux » sont bizarres, au pire songerait-il qu’on se paye sa tête parce que ses vrais problèmes sont ailleurs : études, emploi, logement, etc.  « L’impossible » est maintenant d’une autre nature. Il demande force, travail, volonté. Cela ne s’invente pas, ne se demande pas, cela se traduit en actes !

La France a besoin d’ambition et d’audace afin d’être libre et de prendre soin des enfants que de nombreux « soixante-huitards » quelque peu égoïstes ont, me semble-t-il, un peu négligé. Si la plupart de nos parents ont profité des effets d’aubaine de 68 et mangé du pain blanc, quel héritage nous laissent-ils aujourd’hui… et pour demain ? Un Etat endetté, des retraites non assurées, des inégalités croissantes entre générations, une dévalorisation du travail, des famines possibles dans ce qu’ils avaient baptisé ‘Tiers-Monde », un système financier bâti sur du sable. Quarante ans après c’est sauve qui peut ! Oui 1968 appartient à l’histoire mais n’est certainement pas le moment de grâce collective que tant de nostalgiques repus voudraient nous faire admirer.

Commentaires

t'étais où en mai 68 ? avec Sarko c'est chacun pour soi!

Ecrit par : lerux | 08 mai 2008